Moteurs à réluctance commutée : avantages, défis et simulation
Automobile
09 / 04 / 2026

Principaux enseignements
- Les machines à réluctance commutée sacrifient la flexibilité en matière d'approvisionnement en aimants au profit d'une plus grande complexité de contrôle, ce qui en fait un choix relevant de la conception du programme plutôt qu'un simple remplacement de composant.
- L'ondulation de couple est une caractéristique du point de fonctionnement définie par la machine, le convertisseur et le variateur formant une boucle unique ; elle ne peut donc pas être spécifiée séparément au niveau de la machine.
- Une validation en boucle fermée par rapport au micrologiciel de série permet de distinguer les programmes SRM qui parviennent à la production en série de ceux qui s'enlisent au stade du prototype.
Un moteur à réluctance commutée offre une densité de couple élevée sans contenir le moindre gramme de terres rares, et cette caractéristique à elle seule explique pourquoi cette topologie fait régulièrement l'objet d'évaluations approfondies dans le domaine de la traction et des entraînements industriels.
L'intérêt pour cette technologie s'accroît dès que l'approvisionnement en aimants semble précaire. Les États-Unis dépendent à 80 % des importations nettes de composés et de métaux de terres rares, la Chine fournissant 70 % de ces importations entre 2020 et 2023. Cette dépendance rend une machine sans aimants stratégiquement intéressante bien avant que sa réalisation ne devienne techniquement simple.
Le plus difficile, ce n’est pas la machine. La qualité du couple, le comportement acoustique et le rendement d’un SRM résultent de l’interaction entre la machine, le convertisseur et le variateur, qui fonctionnent comme une seule et même boucle. Si vous évaluez l’un de ces éléments isolément, vous tirerez des conclusions que le système d’entraînement complet ne confirmera pas. Les équipes qui considèrent l’évaluation d’un SRM comme un simple exercice de conception mécanique se rendent généralement compte trop tard de l’écart, sur un dynamomètre, lorsque le code de commande entre en contact pour la première fois avec les caractéristiques magnétiques réelles.
Comment un moteur à réluctance commutée génère un couple
Un SRM génère un couple par réluctance magnétique plutôt que par attraction magnétique. Le rotor et le stator comportent tous deux des pôles saillants ; le rotor ne comporte ni enroulements ni aimants, et le couple apparaît lorsque le rotor s'aligne avec une phase du stator sous tension. Les courants de phase sont commutés en séquence en fonction de la position du rotor.
Une configuration classique 8/6 permet de concrétiser cette séquence. Huit pôles de stator forment quatre phases, six pôles de rotor passent en dessous, et le variateur alimente chaque phase pendant la plage d’inductance croissante avant de commuter vers la suivante. La production de couple cesse complètement dès que l’inductance commence à diminuer ; l’angle de coupure est donc tout aussi important que l’intensité du courant.
C'est cette conception qui vaut à la machine sa réputation de robustesse. L'absence d'aimants élimine tout risque de démagnétisation à haute température et toute tension en circuit ouvert en cas de défaillance. Cela signifie également que le couple n'est présent que lorsque le variateur effectue correctement une action, ce qui transfère une grande partie de la responsabilité des performances de la machine vers le variateur.
Quand la conception sans aimants réduit le coût total du moteur
La suppression des aimants permet d'éliminer la ligne la plus volatile de la nomenclature. La fabrication du rotor se réduit alors à un empilement de tôles, sans collage, sans étape de magnétisation et sans précautions de manipulation, tandis que le stator comporte de simples enroulements concentrés. Les économies réalisées sont de nature structurelle plutôt qu'incrémentales.
Prenons l’exemple d’un projet d’entraînement de pompe industrielle à volume moyen pour lequel deux fournisseurs sont présélectionnés. Une conception à aimants permanents lie le programme aux cours du néodyme et du dysprosium, ainsi qu’à un régime de licences d’exportation sur lequel l’acheteur n’a aucune emprise. L’alternative à réluctance transfère ce risque vers l’acier et le cuivre, deux matériaux négociés sur des marchés plus vastes comptant davantage de fournisseurs. Cet avantage en termes de coût a un prix. Un effort d’ingénierie plus important est nécessaire pour le convertisseur et le logiciel de commande, et la topologie asymétrique en demi-pont requise par un SRM utilise davantage de dispositifs de commutation par phase qu’un onduleur standard pour moteur électrique triphasé. En réalité, le SRM transfère les coûts de l’approvisionnement vers le développement, ce qui convient bien mieux aux programmes à grand volume qu’aux constructions ponctuelles.
Pourquoi les ondulations de couple sont déterminantes pour les performances des moteurs à réluctance commutée
L'ondulation du couple est le facteur limitant qui détermine le fonctionnement de la plupart des programmes SRM. La géométrie à double saillie et la saturation magnétique profonde font du couple une fonction fortement non linéaire à la fois du courant et de la position du rotor ; ainsi, la contribution du couple augmente et diminue brusquement à chaque transition d'une phase à la suivante. Il en résulte directement des bruits audibles et des vibrations.
La zone de chevauchement de commutation indique d'où provient ce phénomène. Lorsqu'une phase se démagnétise et que la suivante génère du courant, le couple total subit une baisse, à moins que les deux ne se chevauchent parfaitement. À faible vitesse, avec une force contre-électromotrice limitée, le variateur a la capacité de moduler ce transfert. À vitesse élevée, ce n'est plus le cas, et une ondulation jugée acceptable sur banc d'essai à 500 tr/min peut devenir inacceptable à 8 000 tr/min.
C’est pourquoi l’ondulation résiste à toute solution universelle. Chaque stratégie d’atténuation implique un compromis par rapport à un autre paramètre, généralement l’efficacité, la densité de couple ou les pertes de commutation, et l’équilibre dépend du point de fonctionnement. Considérer l’ondulation comme une caractéristique fixe de la machine plutôt que comme un comportement lié au point de fonctionnement conduit à des spécifications que le variateur fini ne parvient pas à respecter, sans que cela soit apparent.
« Considérer l'ondulation comme une caractéristique fixe de la machine plutôt que comme un comportement lié au point de fonctionnement conduit à établir des spécifications que le variateur, une fois fabriqué, ne parvient pas à respecter, sans que cela soit visible. »
Ce qu'exige un contrôle efficace d'un disque SRM
La commande SRM nécessite une position précise du rotor, une régulation du courant suffisamment rapide pour suivre un profil d'inductance non linéaire, ainsi que des angles de commutation adaptés à chaque point de fonctionnement. Une simple commande de courant à hystérésis fonctionne à basse vitesse. Pour obtenir un couple de qualité proche de celui d'un système de série, il faut un schéma qui modele directement la contribution au couple de chaque phase.
Les fonctions de partage de couple illustrent bien cette approche. Au lieu de commander les courants de phase, le régulateur définit un profil de couple pour chaque phase et laisse un modèle de couple inverse déterminer la référence de courant, ce qui permet d'assurer une transition fluide entre les phases. La commande directe du couple instantané et les schémas de commande prédictive par modèle visent le même résultat, mais en recourant à des approches mathématiques différentes.
Les mises en œuvre concrètes s'accordent sur un ensemble restreint d'exigences.
- Une résolution de position du rotor suffisamment précise pour définir avec exactitude les angles d'activation et de désactivation
- Modèle de lien de flux ou de couple inverse caractérisé en fonction du courant et de la position
- Bande passante de la boucle de courant nettement supérieure à la fréquence de commutation de phase à vitesse maximale
- Planification des angles de tir s'adaptant à toute la plage de vitesses et de charges
- Gestion des défauts tenant compte du fonctionnement monophasé sans force contre-électromotrice du aimant
Chacun de ces éléments dépend des caractéristiques magnétiques mesurées de la machine, et c'est là que les spécifications indiquées sur le papier ne sont plus d'aucune utilité.
Pourquoi les modèles hors ligne donnent une image fausse du comportement des moteurs à réluctance commutée
La simulation hors ligne sous-estime la difficulté du SRM car elle élimine les deux éléments à l'origine de la plupart des défaillances : le timing réel et le code de commande réel. Un modèle à pas fixe avec un profil d'inductance idéalisé produira des formes d'onde de couple nettes que le variateur physique ne reproduira jamais. Le délai d'échantillonnage en est l'exemple le plus flagrant. Un contrôleur fonctionnant à 20 kHz détecte le courant de phase à des instants discrets, alors que l’inductance varie en continu en fonction de la position du rotor ; ainsi, le courant qu’il régule est déjà obsolète au moment où le rapport cyclique est mis à jour. Les modèles hors ligne ignorent souvent cette latence, ainsi que le temps mort, le bruit des capteurs et le temps de calcul fini dans la boucle de commande.
La représentation magnétique aggrave le problème. Les hypothèses d'inductance linéaire ne tiennent plus la route précisément là où les SRM fonctionnent, c'est-à-dire en pleine saturation, et un modèle qui ne tient pas compte de la saturation fournira des valeurs de couple et d'ondulation qui flatteront la conception. Il en résulte un rapport de validation qui semble complet mais qui ne permet pratiquement pas de prédire le comportement de l'entraînement une fois assemblé.
« On obtient ainsi un fichier de validation qui semble complet, mais qui ne donne pratiquement aucune indication sur le disque assemblé. »
Comment la simulation en temps réel permet de valider les conceptions de variateurs SRM

La simulation en temps réel comble cette lacune en exécutant le modèle de la machine et du convertisseur à la vitesse du matériel, en parallèle avec le contrôleur réel. L'unité de contrôle exécute le code de production, lit les signaux des capteurs émulés et commande les dispositifs de commutation émulés ; ainsi, la synchronisation, la quantification et le délai de calcul influencent tous le résultat.
Les exigences de fidélité sont strictes. La commutation du convertisseur SRM s'effectue en microsecondes, ce qui place l'électronique de puissance au-delà des capacités d'un solveur basé sur un processeur (CPU) dans un pas de temps en temps réel. C'est le fait d'exécuter le modèle de machine avec une carte de liaison de flux précise jusqu’à la saturation sur un FPGA, tout en résolvant simultanément le demi-pont asymétrique avec une résolution inférieure à la microseconde, qui rend la boucle représentative plutôt qu’approximative. C’est précisément pour cette raison que les utilisateurs d’OPAL-RT associent généralement un modèle de machine sur FPGA à un convertisseur résolu par eHS.
L’avantage réside dans la couverture de cas qu’un dynamomètre ne peut pas tester de manière sûre ou économique. Les défaillances des capteurs de position, les circuits ouverts de phase, les défauts des convertisseurs et les conditions de fonctionnement thermiques extrêmes peuvent tous être testés de manière répétée à l’aide du micrologiciel de série, plusieurs semaines avant même que le matériel ne soit disponible.
Choix entre les machines à réluctance commutée et les machines à aimants permanents
La principale différence entre les machines à réluctance commutée et celles à aimants permanents réside dans la nature des risques associés à chaque type de conception. Les modèles à aimants permanents offrent une densité de couple plus élevée et un contrôle plus simple, tout en présentant une exposition aux aléas liés à l'approvisionnement en aimants et à leur coût. Les modèles à réluctance commutée éliminent cette exposition, mais cela se traduit par une plus grande complexité de contrôle et un effort de validation accru.
Le volume change considérablement la donne. Les ventes mondiales de voitures électriques ont dépassé les 20 millions d'unités en 2025, atteignant une part de 25 % du marché automobile global. À cette échelle, le coût unitaire d'un aimant devient un poste de charge au niveau du programme, et l'investissement en ingénierie requis pour un SRM s'amortit sur un nombre d'unités suffisant pour être rentabilisé.
| Facteur déterminant | Ce que cela signifie pour votre programme |
| Exposition liée à l'approvisionnement | La technologie SRM élimine totalement la dépendance vis-à-vis des terres rares, ce qui revêt une importance capitale pour les programmes de production à long terme. |
| Qualité du couple | Le PMSM offre un fonctionnement fluide de par sa conception, tandis que le SRM doit son fluidité à un effort de régulation. |
| Charge administrative | SRM consacre une part importante de son budget et de son calendrier aux travaux liés au micrologiciel et à l'étalonnage |
| Comportement en cas de défaillance | Le SRM ne génère aucune tension magnétique en circuit ouvert, ce qui facilite l'arrêt de sécurité en cas de défaut. |
| Travaux de validation | Le SRM nécessite des tests en boucle fermée avec le micrologiciel réel bien plus tôt dans le calendrier |
| Sensibilité au volume | La rentabilité du SRM s'améliore à mesure que le nombre d'unités augmente et que l'exposition aux aimants s'accumule |
Les programmes qui réussissent dans le domaine de la réluctance commutée abordent ce sujet dès la première semaine comme un projet de développement de variateur et placent le contrôleur en boucle fermée avec un modèle précis de la machine bien avant l'arrivée du matériel. C'est cette rigueur, plus que n'importe quel algorithme de contrôle pris isolément, qui distingue les projets SRM qui parviennent à la production de ceux qui s'enlisent au stade du prototype. C'est la raison pour laquelle le travail de simulation d'OPAL-RTavec les développeurs de machines électriques se concentre sur la boucle plutôt que sur la machine prise isolément.

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